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Son historique

 
Aux origines de l’association pour la protection du site de la rivière du Loiret : Le Préfet, le Maire et le coureur de fonds

Au début des années 70, on en perd le souvenir, la croissance allait bon train, les villes évoluaient sans état d’âme, le progrès marquait l’évolution urbaine de son empreinte de modernité : il nous fallait des autoroutes, des tangentielles et des pénétrantes. Le vocabulaire urbain avait mis de coté les rues, les avenues et les boulevards ; ne parlons pas de la verdure en ville où peu à peu la totalité des mails d’Orléans centre, allait être sacrifiée à la voiture, en mouvement ou immobile. Selon le mot du président Pompidou, parlant des rives de Seine à Paris promises à une voie rapide, la ville devait s’adapter à l’automobile.

Au Sud de la Loire vers1973, le sentier des prés à Olivet voyait passer de drôles d’énergumènes qui soufflaient et suaient le dimanche sur les rives du Loiret, le long des quelques sentiers plus ou moins officiels qui en suivaient les rives verdoyantes. Ah ! Quel beau spectacle ces bassins immobiles en plein été sous un soleil rasant les façades des moulins et des châteaux ; quel charme indéfinissable cette rivière paresseuse sortie de nulle part, dont émergent des brumes vaporeuses en hiver ; et puis ce silence, ce paysage miniature de gares à bateaux entre Olivet et Saint Pryvé, de Saint Samson aux Tacreniers, si près et si loin à la fois du centre ville.

Et puis un jour le coup de massue sur la tête : là, au milieu du bassin des Tacreniers, à portée des frondaisons du château du Rondon , si on veut continuer à courir, il faudra passer sous l’autoroute A 71 puisqu’il en a été décidé ainsi par la puissance publique. Il faut accepter la rançon du progrès ; il profite à tous, et n’est un inconvénient que pour quelques coureurs du dimanche. D’ailleurs ne vous méprenez pas, ce ne sera pas le dernier pont sur le Loiret. Si Olivet se développe comme le prévoient les documents d’urbanisme en préparation, il faudra bien franchir à nouveau la rivière au niveau du bassin de Saint Samson. Il faut l’admettre et se résigner. Tel était la ligne fixée par les Maires d’Olivet, et Préfet, à la belle époque d’un Etat centralisé tout puissant.

C’est à partir d’un si saisissant contraste sans doute, entre l’évidence absolue qu’on avait avec le Loiret un bien précieux patiemment édifié et magnifié par les hommes depuis mille ans, et la grossièreté d’un projet urbain qui en niait l’existence, qu’est née une révolte, un mouvement de contestation inhabituel dans ce Val de Loire, qui est le pays du juste milieu. Et cette contestation prit de l’ampleur, elle ne s’éteignit pas au premier échec. De réunions publiques en motions, de communiqués de presse virulents en lettre ouverte au Préfet (voir par ailleurs une sélection de documents d’époque), une association pris naissance dont les statuts furent déposés en juillet 1974. Elle connu un succès d’adhésion qu’on juge encore aujourd’hui extraordinaire : près de 800 personnes prirent une carte à 5F ; et 5F de 1974, c’était quelque chose...

Le pont autoroutier vit cependant le jour, modifié dans son concept, agrémenté de bassins de décantation pour ses eaux de ruissellement, et doté de parapets anti-bruit sur l’efficacité desquels on s’interroge toujours. Un double jeu de pile supportait le tablier, malgré une contre proposition d’un pont sans pile techniquement étudiée par nos bénévoles renvoyés à leurs études. C’est un « coup parti », mesdames et messieurs ; le dossier est déjà bouclé, on ne peut revenir en arrière. A l’époque, il est vrai, l’association des citoyens aux enquêtes publiques en était à ses balbutiements, et l’administration fonctionnait par tradition dans le secret.

L’histoire ne dit pas si nos coureurs de fonds continuèrent autant durant ce bras de fer, leur périple dominical ; évoluant pour une part dans les milieux universitaires ou scientifiques basés sur le campus d’Orléans en pleine renaissance, ils s’attaquèrent à partir de cette expérience aux multiples maux qui touchaient le site de la rivière et qui commençaient à devenir très nettement visibles :

-  L’urbanisme en premier lieu, avec dès 1974 le projet de schéma d’aménagement et d’urbanisme de l’agglomération Orléanaise, (une vision technocratique et quantitative de l’avenir avec celle d’un grand Orléans à 500.000 habitants) qui sera par la suite révisé avec réalisme en 1990. Le chantier abouti de la « Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager » (ZPPAUP) qui occupa 10 ans de travail entre 1985 et 1995.

-  La qualité de la vie en second lieu, avec les actions menées pour obtenir, avec succès, l’ouverture de nouveaux sentiers au public, et assurer la continuité des cheminements en rive Nord du Loiret. Ou encore les actions de sensibilisation, avec l’organisation de concours de pêche à la mouche, ou l’ouverture au public du château de la Fontaine deux années de suite (1989/1990), avec une marée de visiteurs ;

-  La qualité de l’eau sur le long terme enfin, aux vues de l’état sanitaire désastreux de la rivière, devenu bassin de décantation des eaux usées de la station d’épuration d’Orléans la Source depuis 1965 (laquelle ne sera raccordée en Loire qu’en 1990), et promise à recevoir les excédents phytosanitaires et nitratés du bassin versant du Loiret, qui s’y déversent toujours. De « contrat de rivière n°1 » (1983-1985), en projet de contrat n°2, puis en « Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux » (« SAGE » le bien nommé), idée lancée par l’APSL dès 1996, (périmètre définit en 1998 et toujours en gestation), les dispositifs administratifs et techniques imaginés pour reconquérir la qualité de l’eau perdue ne manquèrent pas, et vont s’enchaîner au fil des années.

Sur le terrain, la rivière, saturée de vases, et biologiquement appauvrie, ne montre guère de trace d’amélioration. On n’y mouillerait pas son pastis, selon le propos mémorable d’un ingénieur que la postérité n’a pas retenu, évoquant les eaux de sortie de la station d’épuration de la Source, à ses débuts, se proposant d’offrir un improbable apéritif.

Plus de trente ans après ces évènements, l’association s’est installée dans une durée qu’elle n’imaginait sans doute pas. Des bénévoles s’y sont succédés. Des permanents sont arrivés.

On fait toujours du footing le dimanche le long du LOIRET !!!

 
Publié le mercredi 28 juin 2006
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