ZPPAUP du Loiret

 
Recette pour une Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager (ZPPAUP) : quels ingrédients ? Quels acteurs ?

(La zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager du site de la rivière du LOIRET instituée par arrêté préfectoral du 03/02/1995 - communes de Mareau aux prés ; Saint Hilaire Saint Mesmin, Saint Pryvé Saint Mesmin, Olivet, Orléans, Saint Cyr en Val )

L’idée d’une protection règlementaire du site de la rivière du LOIRET est ancienne. Il existait bien déjà des périmètres dispersés sous contrôle, tel le site classé des quelques vingt hectares du parc du château de la Fontaine au Nord du Loiret, ou encore les périmètres de 500M autour des églises de Saint Hilaire, et de Saint Martin à Olivet classés au titre des monuments historiques ;

En gros, ces dispositifs institués ponctuellement en vertu des lois de 1913 et 1930 , ont l’avantage de permettre un contrôle de l’évolution et de la protection d’un monument ou d’un site, sous l’égide de l’architecte des bâtiments de France, considéré comme le garant de l’authenticité, et parfois du bon goût. Cependant, l’idée qu’ils puissent être mis en œuvre sur un ensemble paysager s’étendant sur 6 communes, et de manière contractuelle (puisque les élus locaux décident localement du contenu et du périmètre de la protection, ensuite entérinés par l’Etat), et couvrant une diversité paysagère et urbaine complexe, n’était pas jusque là légalement imaginable. Il existait donc un champ inexploré : celui d’un cadre légal adapté aux grands espaces et au particularisme de la rivière ; ce fut la ZPPAU (le P comme Paysager viendra plus tard) issue de la loi du 7 janvier 1983 ;

Depuis sa naissance, l’association bataillait ferme pour défendre l’idée d’une protection globale des rives du Loiret ; on était vers 1974 dans un schéma classique : chaque commune gérait son sol en fonction d’une politique et d’un zonage propre. La coopération intercommunale en matière de protection de site relevait d’une douce utopie. Au sortir des « trente glorieuses », les rives du LOIRET portaient les stigmates de la croissance : pont de la RN20 , hypermarché, parc exposition et parkings attenant en bord de rives, parc de châteaux lotis ou en cours de l’être, vagues successives d’urbanisation massives dans le val inondable (ensemble d’immeubles de l’Archette à Olivet , ensemble pavillonnaire de Bel Air à St Pryvé, pour ne citer que les exemples les plus criants)...Le plaidoyer pour la définition d’un périmètre sensible inséré dans celui du val de Loire, trouvait peu d’échos.

Un jour cependant - ce devait être en 1985 - quelques ingrédients mélangés ensemble donnèrent quelques espoirs ; il y avait tout d’abord une agence d’urbanisme d’agglomération,dotée de bons professionnels, qui connaissaient bien les problèmes ; il y avait ensuite l’ADAPRILS (2), une structure intercommunale associative regroupant tout à la fois les élus, les administrations, et les associations représentatives, créée par le Préfet Masson en 1974 .Dans la démarche préfectorale, il s’agissait de réagir ou de riposter, en quelques sortes, aux actions turbulentes de l’Association pour la Protection du Site de la rivière du Loiret et de son bassin versant (considéré comme le « poil à gratter » selon le propre mot du Préfet) et ainsi de canaliser les conflits alors portés sur la place publique. Il y avait également un service départemental d’architecture actif.

Il y avait sans doute aussi et surtout un « climat » qui prédisposait à faire quelque chose. Au vrai d’ailleurs, les décideurs les moins motivés devaient se dire qu’une démarche d’étude ne préjugeait pas de l’avenir, et qu’on verrait bien. Il y eu enfin des consultants, paysagistes, architectes, ou ingénieurs, recrutés sur le dossier, qui surent décrypter et analyser les données au point qu’au final, on ne regardait plus le Loiret de la même façon . Un exemple parmi d’autres : l’organisation spatiale de la rivière. Prenez votre carte IGN au 1/25000ème, tracez la cote d’altitude 100 sur la rive sud ; observer ensuite comment la plupart des châteaux (la Source, le Poutyl, Villebourgeon, la Quetonnière, la Mothe, le Rondon...) se sont installés sur cette ligne sinueuse avec toujours la rivière en pied, et la vue jadis dégagée, qui se perd vers le Val au Nord . Puis allez voir sur place à pied ou en vélo.

Et les choses commencèrent ainsi. Les réunions plénière ou restreintes qui se succédèrent sur plusieurs années agirent sans doute comme une manière de labour dans les esprits, préparatoire à des semailles. Des vérités furent échangées qu’on ne retrouvait pas sur les procès verbaux toujours très convenables qu’on lisait trois mois plus tard, croyant n’avoir pas assisté à la même réunion ; peu à peu, trop lentement sans doute, le stade de l’étude prospective fut dépassé. Le cap du projet était atteint ; Les acteurs se prenaient au jeu de l’inventaire des richesses et des points noirs. Le Loiret se découpait peu à peu en séquences paysagères (convenez en : séquence, c’est quand même mieux que zone !) ; Les esquisses de mesure de protection se précisaient, des points de convergence élus/association se dessinaient ; et l’idée que la ZPPAUP allait se mettre en place peu à peu avait investi les esprits.

Il y eu bien jusqu’au dernier moment des réticences extraordinaires : tel, ce propos d’un élu représentant une commune en rive Sud Est du Loiret. Prenant la parole lors d’une des dernières réunions du groupe de travail, et lisant un texte rédigé, il fustigea la démarche de protection comme un abandon de souveraineté communale, qu’il considérait comme étant suffisamment captée par l’autorité administrative, et battue en brèche par l’énormité - selon lui - des dispositifs règlementaires qui pesaient sur les décisions locales... Cette commune est la seule des 6 composant la ZPPAUP dont la zone de protection se résume quasiment aux rives inondables du Loiret.

NB : Un détail intéressant sur la genèse de la notion de ZPPAUP donné par M.Gilbert SIMON, représentant du Ministre de l’environnement lors de l’inauguration du « dimanche à la Fontaine » en septembre 1990. Il précisa comment le sigle ZPPAUP avait été considéré comme provisoire lors des réflexions sur l’élaboration du dispositif . On avait renvoyé à plus tard la recherche d’un libellé moins technique qui ne fut jamais trouvé. Et le terme est resté.
 
Publié le mercredi 28 juin 2006
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